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Interview Shuffle #5 : Centenaire

Centenaire est désormais un trio... © Edouard Caupeil

Centenaire est désormais un trio... © Edouard Caupeil

On vous a déjà dit à plusieurs reprises tout le bien que l’on pensait de Centenaire et de leur deuxième album « The Enemy », sorti il y a presque un an. A l’occasion de l’anniversaire des 10 ans du label Clapping Music au Point Ephémère, on a demandé à ces trois têtes chercheuses parisiennes ce que révélait leur iPod quand on le met sur shuffle.

1) THE BEATLES « Pepperland » (Yellow Submarine, 1968)

Stéphane : Extrait de la BO de « Yellow Submarine ». Ce morceau-là en particulier a un peu mal vieilli, il ne fait pas partie de la « bonne moitié » du disque…

Aurélien: Ce que j’aime bien avec les Beatles, c’est que même dans leurs morceaux moyens, tu isoles 10 secondes et tu te rends compte que ces 10 secondes ont donné King Crimson. Tu prends 10 autres secondes, et tu as les Chemical Brothers, et ainsi de suite.

Damien : Même si c’est un lieu commun de dire ça, ils ont vraiment été les premiers. Ils ont tout balayé. Je ne les écoute pas tout le temps, mais à chaque fois que j’écoute, je suis bluffé.

Stéphane : Dans Centenaire, c’est moi qui suis particulièrement fan des Beatles. Globalement, dans le groupe, on n’a pas de rôle prédéterminé. On improvise beaucoup, on change pas mal d’instruments ; si ça débouche sur quelque chose de cool, on le travaille. On travaille beaucoup sur l’instant, sur l’inspiration du moment – tout cela est beaucoup moins intellectualisé qu’on pourrait le croire. A tous points de vue, même sur les paroles, c’est un travail très collectif.

2) THIS HEAT « Sleep » (Deceit, 1981)

Damien : Aaah, This Heat ! L’influence de ce groupe sur Centenaire s’entend peut-être plus sur nos tout nouveaux morceaux que sur l’album, mais à nos yeux, c’est un groupe totalement exemplaire et bien trop méconnu. C’est le mélange parfait entre punk, tribal et expérimental.

Stéphane : Quand j’ai découvert This Heat il  y a 6-7 ans, j’étais scandalisé qu’on ne m’en ait jamais parlé avant ! A l’époque j’étais fan de Sonic Youth et d’autres trucs noisy, et je me demande encore pourquoi ces gens n’en parlent pas, pourquoi il ne rendent pas hommage à cette formation à laquelle, pourtant, il doivent autant !?

Aurélien :
Si l’on devait choisir un groupe qui nous met tous les trois d’accord, ce serait This Heat, sans conteste. Ils constituent le point de rencontre idéal entre intellectuel et primitif, entre l’esprit et le corps. Des passages hyper pop succèdent à des passages limite free, super compliqués, et puis ils repassent à un truc complètement punk. Cet aspect dichotomique, paradoxal, on s’en sert énormément dans Centenaire.

Damien :
Quand on a commencé à donner des concerts avec Centenaire, on aurait pu craindre que le fait de faire cette musique-là, avec ces influences-là, puisse décourager certains publics, mais en fait non. Le fait que ce que nous jouons soit si peu calibré joue en réalité en notre faveur : le public, débarrassé de ses repères habituels, est à l’écoute. Au final, on s’est rendu que Centenaire parle à plein de gens différents. Et puis j’ai l’impression qu’en France, même si ça fait dix ans qu’on dit ça, la culture rock a évolué. Les musiciens autant que le public sont moins complexés à l’idée de rentrer dans certains styles parfois assez pointus. Il est infiniment plus excitant de faire de la musique en France aujourd’hui, qu’il y a dix ans.

Aurélien :
La principale difficulté dans le fait de faire de la musique en France réside peut-être dans les questions de réseaux, de tourneur, etc. De logistique en fait.

3) KRAFTWERK « La Forme » (Tour de France Soundtracks, 2003)

Aurélien : Les autres Beatles.

Stéphane :
« Tour de France Soundtracks » est leur dernier album en date. Au début, j’avais un mauvais a priori dessus. A la base, j’aime beaucoup le côté retro, veilles machines de Kraftwerk. Or, il se trouve que c’est quasiment un album de house, avec des filtres, des grosses nappes et tout. Malgré tout je trouve cet album hyper beau, moderne, très abouti, complètement hors du temps. Les voix synthétiques sont toujours super, les pochettes toujours en adéquation avec le contenu. Leur simplicité est bluffante, même dans les paroles par exemple : ce sont davantage des symboles ; un mot leur suffit souvent, et c’est toujours très précis – et assez drôle aussi, car on a tendance à sous-estimer leur sens de l’humour très absurde. On est aussi très fans du Kraftwerk époque krautrock, au tout début des années 70, quand les mecs de Neu ! faisaient encore partie du groupe.

4) BROADCAST « Accidentals » (Work And Non-Work, 1997)

Aurélien : De nous trois, je suis celui qui écoute le moins de musique. Du coup, je me réveille super tard sur des groupes que les deux autres adorent depuis des lustres. Genre « ah ouais tiens, Sonic Youth c’est cool en fait ! » (sourire). Broadcast, je ne connais que depuis un an, et je suis devenu fan immédiatement.

Damien : Au-delà des chansons, Broadcast c’est avant tout une approche de la production et du son totalement bluffante. Tout comme leurs visuels, d’ailleurs ; c’est un groupe de parti pris, un groupe entier. C’est surtout pour ça que je les admire tant : leur entêtement, le fait d’avoir amené à maturité leur vision hyper personnelle de la musique.

Stéphane :
Et puis, comme chanteuse, Trish Keena n’en fait jamais des caisses, c’est l’anti-Björk. Ce groupe a aussi complètement changé de style ces derniers temps, en laissant tomber la pop rétro-60’s. Cette évolution est dûe en partie au départ de certains des musiciens avec qui ils jouaient, au moment de mettre en boîte le dernier disque. Ils avaient les démos, qu’ils s’apprêtaient à enregistrer en groupe, et par la force des choses ils ont sorti les démos telles quelles. Du coup, ça les a forcé à se réinventer à deux, et a repenser leur musique, dorénavant plus bizarre. Je trouve cette démarche totalement admirable.

Aurélien :
Toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui nous est arrivé récemment. Un des membres du groupe est parti et on ne savait pas trop comment envisager le futur de Centenaire. Nous sommes donc partis en résidence, dans le but de voir ce qui en ressortirait. Et le fait est qu’on a pris autant de plaisir à faire de la musique à trois, et que la nouvelle direction prise par cette modification dans le line-up me paraît assez entousiasmante.

Damien :
Si je devais décrire ces nouvelles chansons, je dirais qu’elles sont peut-être plus rock, moins arrangées. Mais bon, ce ne sont pour l’instant que des envies passagères.

MOONDOG « This Student Of Life » (Moondog 2, 1971)

MOONDOG « DO YOUR THING »

Damien : Ce type est un vrai OVNI, un troubadour fan de Bach, mais qui trouvait que Bach n’était pas assez carré dans l’approche de ses rondes (sourire)… Il jouait des percussions amérindiennes, était aveugle et chantait au coin de la rue à New York dans les années 60. La première fois que j’ai entendu sa musique, je me suis rendu compte que j’avais toujours voulu faire ça. Son approche de la musique est très classique, mais le mélange avec les percus et le reste rend ses disques complètement intemporels. Le premier date de 1956, il y a des petites pièces de violon hyper pop avec des enregistrements d’animaux, de vagues… C’est très riche. Après bon, ça tourne sur une idée, et du coup c’est vrai que tout se ressemble un petit peu, dans Moondog, mais il y a quand même des tubes imparables. Ses lignes de voix de rapprochent souvent de la comptine – chose que j’adore en général. Au-delà de ça, c’est un personnage très attachant, qui propose un univers à la fois direct et totalement expérimental. Son approche de la musique est très classique, mais le mélange avec les percus et le reste rend ses disques complètement intemporels. Même si on ne peut pas dire que Moondog constitue à proprement parler une « influence » pour Centenaire, cette démarche de faire se rencontrer la pop et l’expérimental est quelque chose qui nous a toujours beaucoup parlé, comme chez This Heat.

Album « The Enemy » (Chief Inspector/Clapping Music)

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