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Interview shuffle #6 : Yeti Lane

© Fabien Legay.

© Fabien Legay.

Le néo-duo parisien sort ces jours-ci un très recommandable nouvel EP, « Twice ». Mais Yeti Lane est-il aussi recommandable lorsqu’il écoute son iPod, même en mode aléatoire ? Réponse en cinq temps.

1) THE FLAMING LIPS « Money » (The Flaming Lips And The Stardeath And White Dwarfs With Henry Rollins And Peaches Doing The Dark Side Of The Moon, 2009)

Charlie : Il s’agit d’un disque de reprises de « Dark Side Of The Moon » de Pink Floyd, qu’ils ont enregistré avec Henry Rollins, Peaches et le groupe du neveu de Wayne Coyne, ou truc comme ça… Cet album, c’est plus une curiosité qu’un gros coup de cœur. Par contre, The Flaming Lips sur l’ensemble de leur carrière, est un groupe qu’on adore tous les deux avec Ben.

Ben :
J’aime beaucoup leurs mélodies et leur côté très « spatial », mais ce que je préfère chez eux, c’est la production. Ils bossent généralement avec Dave Friedmann, et c’est toujours très surpenant. Je suis un fan absolu de leur dernier album, « Embryonic », qui a pourtant divisé les fans. En ce qui me concerne, c’est plus l’album d’avant, « At War With The Mystics » qui m’avait divisé… J’avais été très déçu après les deux chefs-d’œuvres « Yoshimi » et « The Soft Bulletin ». Sur « Embryonic », le son est très crade, rêche. Ils ont beaucoup osé.

Charlie : C’est la deuxième fois de leur carrière qu’ils se renouvellent complètement, c’est assez admirable.

Ben :
On est assez fans de ces groupes de la fin des années 80 – début des années 90, parce que c’était aussi la grosse époque du space rock : Spacemen 3, Spektrum, même les Flaming Lips

Charlie : Et puis dans un autre genre, Sonic Youth, Pavement. D’ailleurs, je vais aller voir leur concert de reformation à l’ATP (All Tomorrow’s Parties, festival dont la programmation est assurée chaque année par un groupe différent. Cette année, ça tombait sur Pavement – ndr), j’ai craqué.

2) DODO BIRD « Couples » (Dodo Bird, 2005)

Ben : C’est le EP qu’a sorti Meric Long des Dodos, avant qu’ils ne deviennent les Dodos… J’ai découvert ce groupe en concert, par hasard. Sur scène, les mecs sont des tueurs. C’est pas seulement technique : ils arrivent à toucher les gens. Sur cet album, il y a des morceaux plus folk que par la suite, avec du picking et des choses qui tirent sur la musique africaine. C’est la genèse du groupe.

Charlie : Maintenant, ils sont deux sur scène, comme nous, depuis peu. Ça force à remettre pas mal de choses en question. On a passé beaucoup de temps à chercher comment interpréter ces morceaux avec une personne en moins ; du coup on a quasiment tout changé. On utilise un peu plus de synthétiseurs. Et puis surtout, on joue beaucoup de nouveaux morceaux, parce qu’au bout d’un moment, de toutes façons, tu ne peux pas tout réadapter.

Ben : En duo, tu perds peut-être en musicalité ce que tu gagnes en énergie et en générosité. Pour en revenir aux Dodos, sur scène, il n’y a quasiment rien : pas de basse, pas de claviers… C’est très touchant parce que tu te demande comment ils arrivent à porter leurs chansons avec si peu.

Charlie :
Quand on s’est retrouvés à deux, je me suis mis à réécouter plein de duos, mais d’une autre oreille. Par exemple, j’ai beaucoup réécouté Berg Sans Nipple, qui sont des amis, ou Au, un groupe américain que j’ai découvert sur scène, avec une configuration assez similaire à la nôtre : batterie, clavier, guitares. Ou encore des choses plus basiques comme No Age ou Japandroids, des trucs très rock’n'roll. J’ai l’impression qu’on a essayé spontanément de se situer entre ces deux pôles…

3) DEERHUNTER « Hazel St. » (Cryptograms, 2007)

Charlie : Deerhunter, ça a été la bonne surprise. On disait tout à l’heure qu’on était assez attachés aux trucs un peu « spatiaux » et ça fait très plaisir de voir que des jeunes – enfin, des plus jeunes que nous – reprennent le flambeau.

Ben :
J’avais beaucoup leur premier album, avec ce côté un peu agressif un peu post-punk. Leur EP « Fluorescent Grey » m’avait un peu décontenancé, mais je m’y suis fait. Sur scène, j’ai dû les voir 4 fois, et c’était chaque fois de mieux en mieux.

Charlie : Et puis j’adore le blog du mec, Bradford Cox. Il le fait un peu moins aujourd’hui, mais à l’époque de cet album, il balançait tous les jours des démos, des nouveaux morceaux, il faisait des mixtapes… Je trouvais ça absolument mortel. Tous les matins, j’allais sur son blog, voir ce qu’il avait mis. J’ai vu son autre groupe, Atlas Sound, au point Ephémère, il y a quelques mois : avec deux bouts de ficelles, il arrive à capter son auditoire, c’est assez impressionnant.

4) Cloudland Canyon « Krautwerk » (Lie In Light, 2008)

Charlie : Ce groupe est assez mystérieux. J’adore le catalogue de leur label, Kranky, qui est aussi le label de Deerhunter. Ils se spécialisent dans les groupes plutôt friands de grandes plages atmosphériques… Cloudland Canyon, je suis tombé dessus via des chroniques sur le net. Je ne sais même pas s’ils sont Allemands ou Américains, combien ils sont vraiment sur scène. Les influences sont clairement krautrock avec des touches d’électronique. Le krautrock est assez important pour moi et pour Ben, peut-être même plus encore aujourd’hui, maintenant que nous sommes deux dans le groupe. D’autant plus que nous sommes tous les deux de gros fans de synthés analogiques. Et puis on parle toujours de musique anglaise ou américaine, mais j’aime bien l’idée qu’il y ait cette explosion créative en Europe (en Allemagne, en France, et dans pleins d’autres pays) dans les années 60-70, et on a tendance à l’oublier. J’avais dévoré le bouquin de Julian Cope, « Krautrocksampler », qui est assez génial car il te permet d’aller des faire des recherches sur des groupes passionnants que tu ne connaissais pas.

5) Fool’s Gold « Nadine » (Fool’s Gold, 2009)

Ben : Un collectif de Californiens très inspiré par la musique africaine. On a beaucoup parlé de musique africaine et des groupes qui s’en inspirent ces dernières années. Eux, ils ont une utilisation très classique de cette musique, beaucoup moins rock que Liars ou Animal Collective, qui sont beaucoup plus du côté « tribal » etc. Je trouve ce groupe hyper frais, très tonique, les mélodies sont super. Je pense qu’ils vont rester. D’une certaine façon, la musique africaine nous influence aussi beaucoup, surtout Charlie, du côté des rythmes notamment.

Charlie :
C’est vrai que la série de disques Congotronics m’a beaucoup marqué, par exemple. Après bon, il y a eu une sorte non pas de saturation, mais peut-être de lassitude vis-à-vis de tous ces groupes chez qui cette influence n’est pas toujours utilisée à bon escient. Mais je ne parle pas de Vampire Weekend, là. Leur digestion des musiques africaines et caribéennes a beau être parfois un peu naïve, elle est complétée par un vrai songwriting et des arrangements qui tiennent la route… Eux au moins essaient de proposer un mélange intéressant et original, chose qu’on ne peut pas vraiment dire de Fool’s Gold, par exemple. Parce que si tu veux écouter de la musique africaine, bah écoute autre chose que Fool’s Gold…

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