Un de nos espoirs les plus prometteurs ! Songwriter compulsif, Eugene McGuinness porte l’étendard du retour de la chanson dans la pop du XXIe siècle.
Avant cet album vous avez sorti un gros EP de 8 titres. Quelle était l’idée de ce disque ?
J’étais parti pour faire un album. Domino voulait sortir quelque chose assez vite. Je me suis enfermé deux jours en studio, ça a donné quatre titres. Domino m’a demandé : « tu te sens de faire quelques titres supplémentaires ? ». Je leur ai dit : « dans ce cas autant faire l’album ». Ils m’ont dit : « on verra ». Je n’ai eu le temps que de faire quatre autres titres sur le temps qu’ils m’avaient payé le studio. Domino a trouvé ça bien. Ça n’a pas été planifié. Je crois que Domino s’est servi de ce mini album pour prendre la température de la réception de ma musique. Ils y sont allé mollo. Sans gros frais de promo ni affiches partout. C’est pas idiot surtout pour le marché anglais. Il y a tellement de nouveautés qui se succèdent si vite avec à chaque fois l’accroche pour dire que c’est la meilleure musique que personne n’a jamais entendue.
Est ce que ça vous effraie de commencer à être reconnu et voir des espoirs placés en vous ?
Je n’en suis pas encore là (rires). On commence à me remarquer, mais les gens sont encore trop cool pour péter les plombs en me voyant. Je ne suis pas encore très connu. Bon, des fois je me retrouve dans un magasin à acheter du lait et quelqu’un de timide m’approche et me demande : « Pardon, c’est vous Eugene McGuinness ? » alors que j’ai les bras chargé de pain et je ne sais quoi. Du coup le caissier me regarde de travers. Je devrais me mettre à porter tout le temps des lunettes de soleil, j’aurais l’air cool.
Comment avez-vous réagi quand les gens ont commencé à parler de vos chansons marquantes comme “Monsters Under The Bed“ ?
Je ne sais pas. Je me suis senti plutôt flatté. Après je recherche cette attention, il ne faut pas se leurrer. Ça fait du bien à l’ego mais ça ne me conforte pas trop. J’aime ces chansons, je ne me fais pas une montagne de tout ça. Ça aide bien sûr d’avoir de la reconnaissance dans mon travail.
Eugene McGuinness – “Monsters Under The Bed“
À partir du moment où vous avez commencé à faire de la musique, atteindre le stade professionnel était un objectif ?
Pas vraiment. J’aimais jouer de la musique et je prenais mon pied. À l’école, j’écrivais des chansons sur mes potes car je les trouvais marrants. Je n’avais aucune arrière-pensée. C’est un truc de gamin, comme jouer au foot. Ma façon de me mettre à écrire a évidemment évoluer mais j’ai encore du mal à considérer ça comme un boulot. Ça n’est pas le cas. C’est de la rigolade !
À quel boulot vous-destiniez-vous plus jeune ?
Je ne sais pas. Je crois que je m’imaginais dans la musique. Je ne crois pas que je m’en préoccupais beaucoup. À l’école, on vous demande tout le temps de penser à l’orientation, de planifier le reste de votre vie. Je n’arrive pas à appréhender les choses de cette façon. C’est un peu idiot. Avant on voyait beaucoup de gens tellement obsédés par cette idée arrêter l’école et commencer à bosser tout de suite à 17-18 ans sans se sortir de cette condition pour le reste de leur vie. On voit plus de jeunes aujourd’hui glander et se poser des questions sur leur avenir en restant scolarisés. Je trouve ça plus sain, il y a tellement d’options possibles. J’ai toujours su que je n’échapperais pas à la musique. Je ne savais pas comment ça se passerait, si j’aurais un groupe, si j’évoluerais en solo. C’est un langage qui m’est familier dans lequel j’ai toujours pu m’exprimer.
Vous étiez quel genre d’ado ? Rêveur, timide…
Oh non ! J’étais très bruyant. Je n’étais pas du tout poète en herbe. Mes amis étaient aussi assez bruyants et démonstratifs. Je suis timide avec les gens que je ne connais pas. C’est toujours le cas d’ailleurs. Dès que je connais les gens, je suis un idiot.
Vous avez eu des groupes ?
J’ai toujours joué avec des gens. Mon frère a fait beaucoup de groupes et j’ai souvent joué avec lui. Il joue sur l’album d’ailleurs. Je suis passé par plusieurs groupes mais ce n’était jamais élaboré. On n’avait d’ailleurs jamais vraiment de nom. Ce n’est que par moi-même que j’ai commencé à donner des concerts. Quand il fallait mettre un nom sur l’affiche, je disais aux gens : « mettez n’importe quoi ». Ça a fini avec mon nom.
L’histoire de la pop anglaise s’est faite avec des groupes quand les musiciens ont un jeune age puis les gens font une carrière solo. Aujourd’hui, notamment avec les filles comme Adele ou Kate Nash, les jeunes interprètes se lancent plus sous leur propre nom. Les groupes perdent de leur importance actuellement ?
Je ne pense pas. Je n’écoute que des groupes. Je n’écoute pas les singer songwriter. Je les trouve barbants pour être honnête. Pour la plupart en tous cas. Je ne sais pas. Il y a cette émergence de chanteuses. Les maisons de disques voient que ça marche alors ils en signent plein. Je ne sais pas, ça ne semble pas le truc. Ce que j’aime ce sont les groupes. Des Beatles aux Smiths en passant par Oasis, The Strokes, Kings Of Leon, Arctic Monkeys… Je ne me sens ni comme un singer-songwriter ni comme un artiste solo. Sur mon album, c’est un groupe qui joue. Bon, le truc sort sous mon nom, c’est vrai… En fait, je dois crever d’envie d’être dans un groupe (rires). On verra, peut-être au prochain album.
Que pensez vous de la scène Underage, les Underage Festivals. Vous y avez pas mal participé…
En Angleterre, les gamins sont super cools et ont envie d’être dans le vent. Quand j’avais 15-16 ans, je n’étais pas du tout comme ça. J’écoutais de la musique de merde. Je restais pas mal chez moi. Les gamins sont plus cools que ça aujourd’hui. C’est pour moi un des meilleurs festivals de tout l’été. Il y a un esprit et une énergie très réjouissants. C’est fou comme les gamins sont à la page culturellement. Ils savent ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas. Je regrette que cette formule “underage“ soit difficile à développer davantage à cause de toutes les lois qui empêchent les ados d’aller dans les clubs. Pour moi c’est parfait et un grand progrès. J’y vois un remède à certains problèmes des ados.
La génération actuelle (Bloc Party, Muse…) est encore influencée par de la musique sérieuse pour étudiants (Radiohead principalement). Aujourd’hui les jeunes gamins écoutent plus tôt de la meilleure musique que Britney Spears. Pensez-vous que ça peut avoir de l’effet sur la prochaine génération de musiciens ?
Je suis d’accord. La prochaine génération devrait être plus intelligente que l’actuelle. Leur instinct musical est plus développé. On a aujourd’hui beaucoup plus de groupes de 18 ans de moyenne d’age au sein desquels il y a déjà de très bons musiciens. Et c’est vrai que l’orientation dominante est plus pop que ça l’était il y a quelques années. Les gamins ont un bien meilleur goût qu’à mon époque. J’ai sympathisé avec certains d’entre eux. Quand je parle de musique avec eux je suis épaté. Moi, ado, j’écoutais pas mal les classiques que possédait mon père : Beatles, Rolling Stones, Kinks, Bob Dylan, Clash, Smiths. Ce sont les premiers disques qui m’ont vraiment intrigué. Ils passaient très souvent à la maison. Sorti de ça, je m’intéressais à la musique juste à la fin de la période Blur-Oasis. Ce qui est devenu vraiment énorme à ce moment là, c’est Eminem. C’était fascinant, c’était le truc que tout le monde se devait de posséder et connaître par cœur. En 2001, je me souviens de la sortie de ce grand album de Dr Dre “2001“ et en même temps sont arrivés The Strokes, The White Stripes, Yeah Yeah Yeahs. Et The Libertines, à Londres ça a été énorme quand ils ont émergé. Je ne suis pas un esthète, je suis persuadé que j’ai à peu près la même collection de disques que vous. Au final, mon truc ça reste surtout The Smiths, The Clash, The Kinks.
Êtes-vous plutôt un faiseur de chansons ou un faiseur d’albums ?
Je ne sais pas. Bon, j’écris des tonnes de chansons tout le temps et c’est vrai que je n’ai pas l’idée d’un album en permanence à l’esprit. Mes albums c’est une compilation de mes meilleures chansons. C’est difficile à dire, j’essaie de donner de la personnalité aux disques. Je ne sais pas.
Sur les deux disques, les chansons qui s’enchaînent ont leur ambiance spécifique. Est ce que vous avez dès l’écriture l’idée de a façon dont les chansons seront arrangées ?
Ça ne prend jamais longtemps pour que je fixe mes options d’arrangement sur les chansons. Après, je me laisse quand même une marge d’inconnue et je travaille l’orchestration avec les musiciens. Pour chaque chansons que je leur amène, le tempo est fixé et j’essaie de leur décrire le plus précisément possible mes idées. Mes démos sont généralement du guitare-voix, mais j’y rajoute plein de pistes de voix pour indiquer des directions d’arrangement. En gros tout le squelette des chansons est déjà sur la démo. La chanson s’enrichit en studio, chacun propose des idées : est-ce qu’on rajoute de cordes… Disons que plus j’ai conscience d’avoir écrit une bonne chanson, plus je vais avoir une idée précise de sa forme finale.
Pouvez-vous nous parler de “Moscow State Circus“. C’est vous qui avez tenu à en faire le single du disque ?
Avec les gens de Domino, on ne savait pas trop quoi choisir comme premier single. Je pense qu’il y a une ou deux chansons encore plus pop que celle-là sur l’album mais ça ne me le faisait pas de me mettre en avant pour un premier “vrai“ single avec quelque chose de trop pop. J’avais peur que ça marche (rires)! Je craignais que les gens soient déçus de l’album après s’ils s’attendaient à rester tout le temps dans ce registre. Du coup, je suis ravi que “Moscow“ soit le single. C’est une chanson inhabituelle et je pense qu’elle résume fidèlement l’ensemble de l’album. Si vous n’aimez pas cette chanson, vous n’aimerez pas l’album.
Eugene McGuinness – “Moscow State Circus“
Est-ce que vous êtes du genre à accorder beaucoup d’importance à l’opinion de vos fans ou de vos amis sur votre musique ?
Dans un sens, je me préoccupe de l’avis des fans oui. Je ne pense pas que ça affecte ma manière de travailler. Je ne lis pas les chroniques ou les papiers sur moi. Dès la sortie du disque, mon opinion à son sujet n’a plus à être faite. Je sais ce que j’en pense. Même si j’étais la seule personne sur cette planète à aimer une chanson que je sors, ça me suffit (rires)! Ça fait plusieurs semaines que l’album circule et c’est très intéressant de recueillir les différents avis. D’une personne à l’autre, chacune aime quelque chose de différent dessus. Quelqu’un m’a dit qu’il trouvait le disque sombre et triste. J’ai trouvé ça intéressant.
Vous utilisez l’iPod pour travailler des idées de chansons quand vous vous déplacez ?
Oh j’en casse un quasiment tous les mois. J’en ai encore acheté un nouveau il y a une semaine. Ça me dégoutait, j’en ai marre d’en acheter tout le temps. C’est une illustration de ma maladresse. Je suis aussi très tête en l’air, j’en ai oublié un certain nombre aussi. J’exagère un peu mais j’ai du en perdre quatre ou cinq depuis trois ans. Non , j’utilise mon téléphone ! Du coup ce n’est pas la peine de me laisser des messages. La mémoire de mon téléphone est pleine de moi en train de chanter des idées souvent consternantes.
Votre méthode est d’écrire tout le temps même quand vous êtes en déplacement ou vous poser à un moment précis pour vous mettre au travail ?
C’est un peu des deux. Je n’élabore rien avec mon téléphone. Ce ne sont que des bribes d’idées. En déplacement, je ne produis vraiment que des sons bizarre, je garde des isdées stupides.
Vous avez le souvenir précis d’une situation dont vous avez été le témoin et qui vous a tout de suite inspiré une chanson ?
Il y a deux jours, j’étais à Londres dans un café. Pas loin, il y avait une tablée de filles qui discutait et je ne faisais pas attention à ce qu’elles disaient. À un moment, l’une d’entre elle a dit ce truc incroyable : « Admire my goal » (admire mon objectif). Elle l’a dit d’une manière répugnante, avec tellement de dédain et d’autosuffisance. Quelqu’un lui a fait remarquer d’ailleurs. Mais voilà, quelqu’un demandant à être admiré comme ça, ça m’a marqué.
Vous avez étudié à la LIPA (Liverpool Institute of Performing Arts) comme les Wombats, est-ce que ça vous a poussé à devenir vraiment musicien ?
J’y ai passé mes deux premières années universitaires. J’ai trouvé ça impropre d’“étudier“ la musique. C’est utile quand on veut faire de la musique classique ou des trucs de ce genre. Je pense que ce que je fais ne mérite ni enseignement ni cette institutionnalisation. Ça doit être quelque chose hors de toute institution. J’ai plus apprécié le prétexte que cet enseignement m’a offert pour me casser de Londres. C’était assez naze cet enseignement. Et je n’étais pas doué.
Ça vous a quand même permis de rencontrer des gens intéressants ?
Bof, ça m’a permis de venir vivre à Liverpool et c’est en ville, hors de l’école, que j’ai effectivement rencontré plein de personnes intéressantes. Liverpool est un endroit exceptionnel : vivant, avec des clubs fabuleux. Les musiciens intéressants de Liverpool, on les rencontre davantage dans les clubs que dans les locaux de l’école. Si l’école n’a pas marché pour moi, Liverpool a été une étape décisive.
Pensez vous qu’aujourd’hui Liverpool soit une ville musicalement plus stimulante que Londres ?
Ça n’a rien à voir. Londres dispose d’une scène musicale fantastique. L’attitude est différente. Les gens sont beaucoup plus détendus à Liverpool. Londres est sous la pression permanente de l’industrie du disque. Ça influe sur les gens. On ressent ça aussi à Liverpool, mais là-bas, il est possible chaque de sortir et profiter de la musique sans autre parasite. À Londres, l’ambiance est toujours plus mondaine et tout le monde se regarde en chien de faïence pour savoir qui sera “the next big thing“. Quand un truc dont tout le monde parlait est signé puis déçoit les espérances, ça stress tout le monde à Londres. Certaines soirées me font penser à l’émission “X-Factor“ (le “Ko Lantha“ anglais, ndlr), c’est ridicule. Il faut être détendu par rapport à la musique, c’est encore le cas à Liverpool. Je constate ça en tournant maintenant. Je vois souvent des gens à mes concerts en train de me regarder et cherchant à se convaincre s’il faut qu’ils aiment ou pas.
Eugene McGuinness – “Fonz“ (2009)
Vous êtes à la recherche de quoi dans l’immédiat à ce stade de votre carrière ?
Jouer tous les soirs. Ce que je fais est une bonne excuse pour être amené dans des lieux incroyables. Je suis impatient de tester la réaction du public en tournée. Je crois que cet album a de quoi être un succès. Après il a des côtés bizarres donc je ne peux rien garantir. Je n’ai pas de grandes attentes. On verra bien.
Vous allez écrire la suite des chansons sous peu ou vous comptez vous mettre en veilleuse pour laisser mariner votre inspiration ?
Le prochain album est déjà écrit en fait. Je suis allé voir Domino il y a quelque jours pour leur dire : « Euh, le prochain album est prêt, quand est-ce que je peux entrer en studio ? ». Je suis très content ! Ce disque est très sombre mais dynamique quand même. J’espère qu’ils vont me le faire enregistrer assez vite ! À moins qu’on se plante sur celui-là ! (rires) Aux prochains concerts, je compte jouer pas mal de chansons du prochain album. J’espère que ça n’ennuiera pas trop les gens. Je compte enregistrer le plus possible ces prochaines années. Je ne sais pas si on me laissera faire ce que je veux (silence, puis reprise énergique). D’une manière ou d’une autre j’enregistrerai mes chansons. Je compte continuer d’écrire même dans le van en tournée.
Comme les Beatles ?
Absolument ! J’ai envie d’écrire plein de trucs. Je ne peux pas m’arrêter. Si je m’arrête la source va se tarir. Je déteste cette idée.
C’est peut-être une autre caractéristique de votre génération, moins “sophistiquée“. Regardez Alex Turner, il est pareil, tout le temps en train d’écrire.
Il a raison. Mine de rien,, avec Internet, les gens écoutent plus de nouvelle musique maintenant, moi le premier. Ce n’est pas toujours évident, avec ce renouvellement constant, d’avoir des chansons qui restent dans la tête avec le temps. Moi aussi, je m’enthousiasme pour un nouvel album qui sort mais je ne mets pas longtemps, une fois que j’ai bien écouté le dernier truc, à demander vite la suite. Alors malgré ma minuscule notoriété actuelle, je me sens la responsabilité de sortir du nouveau régulièrement pour satisfaire l’impatience des gens qui aiment mes chansons.