
Vashti Bunyan, 2005.
Vashti Bunyan : À l’origine, j’étais persuadée d’être une chanteuse pop. Quand j’écrivais mes premières chansons, vers 18-19 ans, je les imaginais enregistrées à la manière de pop songs. Il m’aurait semblé complètement absurde, à l’époque, de les traiter comme du folk. Je me suis entêtée pendant des années, sans avoir le moindre succès. Puis, un jour, j’ai décidé de laisser tomber la musique. Je me disais que je n’étais tout simplement pas faite pour ça, que je n’étais pas bonne. Je suis parti avec mon cheval à l’autre bout de la Grande-Bretagne, pour tenter d’échapper à cette vie de musicienne (silence). Mais j’écrivais toujours des chansons. J’ai alors croisé quelques musiciens, qui ont eu envie de travailler avec moi. Je ne les connaissais pas, et il se trouve qu’ils faisaient du folk. Ils étaient tous plus brillants les uns que les autres, dans leurs registres respectifs. Quelques années plus tard, ils allaient devenir les grands noms de la scène folk britannique des années 70, mais à l’époque, ils étaient totalement inconnus. C’est ainsi qu’est né « Just Another Diamond Day ». Lentement, l’album a trouvé son public. Progressivement, des gens l’ont aimé, l’ont compris. Quand j’ai eu, récemment, la possibilité de replonger dans ces premiers enregistrements précédant « Just Another Diamond Day », si représentatifs de la jeune musicienne que j’étais, de réécouter ces chansons qui m’avaient brisé le cœur à l’époque, et qui n’avaient jamais été publiées, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de les regrouper sur un album. En fouillant, j’ai même retrouvé la bande de ma toute première chanson, datant de 1964 : je ne savais même pas que je l’avais ! Je ne l’avais jamais réécoutée depuis… Et mis à part une chanson, qu’un ami – que je n’ai d’ailleurs pas revu depuis – qu’un ami m’avait écrite, il s’est avéré que je me souvenais vaguement d’à peu près tout ! Ce fut une vraie surprise, et une aventure incroyable…
Quand vous écoutez chanter cette toute jeune femme, n’avez-vous jamais l’impression d’entendre quelqu’un d’autre ?
Pour être honnête, je n’ai pas été plus surprise que cela. Je m’attendais à un plus grand écart entre les faits et les souvenirs que j’en avais. Le plus méconnaissable dans tout cela furent les deux années que je viens de vivre. J’ai soudain été capable de faire toutes les choses que j’aurais voulu faire à l’époque : faire un nouveau disque, sortir cette compilation, donner des concerts, participer à des émissions à la radio, à la télévision, un film… J’ai tellement de mal à y croire (sourire gêné) !
Rester silencieuse durant tout ce temps n’était donc pas un choix ?
Si. J’avais vraiment l’impression d’avoir échoué. J’avais déjà laissé tomber la musique une première fois. J’y étais ensuite revenue pour enregistrer « Diamond Day », mais comme ça n’a pas mieux marché à l’époque, j’ai décidé d’arrêter les frais. C’en était assez. S’entêter n’aurait servi à rien, je n’étais visiblement pas faite pour ça. Il fallait que j’arrête – définitivement. J’ai donc oublié la musique, je me suis intéressé à d’autres choses. Durant tout ce temps, je n’ai jamais rejoué de guitare. Pas une fois je ne m’en suis resservi. Jusqu’à la réédition de « Just Another Diamond Day ».
Un événement en particulier vous a-t-il poussé à sortir un nouvel album, 35 ans après ?
Non, tout s’est fait graduellement. Je me suis peu à peu rendu compte qu’après tout ce temps, quelque chose était en train de se réveiller au plus profond de moi. J’ai progressivement pris conscience de l’opportunité qui s’offrait à moi. Je me suis donc remis à écrire des chansons, chose que je pensais ne plus jamais pouvoir refaire. Une chose en entraînant une autre, j’ai rencontré les bonnes personnes, qui m’ont poussé dans la bonne direction. Une véritable chaîne s’est créée, m’entraînant de musicien en musicien. Les maillons de cette chaîne sont magiques, vous savez. Ils m’ont conduit à rencontrer les gens de chez FatCat, Max Richter (le producteur de son deuxième album « Lookaftering », 2005 – ndlr). Tout a progressivement pris sens. Ça a pris du temps, mais Dieu que ça en valait la peine… Au moment fatidique, je me suis dit « dans quelle galère tu t’es encore fourrée, tu t’étais promis de ne plus jamais recommencer. C’est tellement stupide, tu vas encore soufrir ». Mais tout s’est bien passé (sourire).
À vos yeux, le temps est-il un ami ou un ennemi ?
Oh, il a été un bon ami… J’ai eu la possibilité, quand j’étais très jeune, d’expérimenter quelques idées de chansons. Puis, j’ai eu la chance – je dis bien la chance – de ne pas connaître le succès à cette époque-là. Car cela m’aurait privé de cette autre vie que je me suis choisie ensuite, et qui a majoritairement consisté à m’occuper de mes enfants. Ce fut une pause prolongée, car j’ai eu mon dernier enfant tard, à l’âge de 41 ans. Une fois que mon dernier enfant n’a plus eu besoin de moi et qu’il a quitté la maison, j’ai de nouveau été en mesure de reprendre les choses là où je les avais stoppées. J’ai rouvert la boîte et j’y ai retrouvé toutes ces vieilles choses, intactes. Alors j’ai repris ma guitare et je me suis dit que je pouvais encore y arriver.
Étiez-vous surprise, justement, d’y arriver à nouveau ?
J’étais stupéfaite… Je n’avais pas même chanté durant tout ce temps. Pas même devant mes enfants. Pas même pour moi-même… Ce fut donc un soulagement de voir que ma voix était encore à peu près correcte (sourire). Et puis, j’adore enregistrer. C’est peut-être ce qui m’a le plus manqué, toutes ces années. Le long processus de la fabrication d’un disque…(silence). J’ai adoré y revenir.
Dans quelles conditions a été réalisé « Lookaftering » ?
Dans une atmosphère très paisible, très douce. Max a été très patient avec moi. Car j’avais écrit toutes les chansons chez moi, sur mon ordinateur, et réalisé tous les arrangements – cordes, flûtes, etc. – sur des claviers midi, de façon pour le moins rudimentaire. Quand il a fallu utiliser de vrais instruments, j’ai été un peu décontenancée, car je m’étais habituée au son de ces arrangements numériques… Pauvre Max ! Il a dû s’arracher les cheveux plusieurs heures durant, à me convaincre qu’il nous fallait de vrais violons, de vraies flûtes (rires). Finalement j’ai cédé, mais mes oreilles ont mis du temps à s’y faire. Max appelle ça le « syndrome de la démo »… Son background de musique classique nous a rapproché. Enfant j’ai énormément écouté de musique classique. Il comprenait donc très rapidement ce que je voulais. Quand j’ai finalement entendu l’album fini, je n’étais pas pleinement satisfaite – mais je ne le suis jamais, de toutes façons. Je suis bien trop perfectionniste. C’est une bonne chose que nous ayons eu une deadline, car à l’heure qu’il est, je serais certainement encore en train de modifier tout un tas de détails…
Quels souvenirs avez-vous des sessions d’enregistrement de « Diamond Day » ?
Je m’en souviens très bien. L’enregistrement n’a duré en tout et pour tout que trois jours. Trois soirs, pour être précise. C’était la première fois que j’enregistrais en compagnie d’autre musiciens. J’avais toujours enregistré seule, avec ma guitare. Jouer avec d’autres personnes fut une expérience extraordinaire. Avoir Robert Kirby pour les arrangements de cordes était une chance incroyable. C’était magique. Le plus magique de tout fut le moment où Robert Williamson joua de la flûte sur « Rose Hip November ». C’était le seul overdub, avec la harpe, que Joe Boyd (grand producteur de l’époque, et notamment des albums de Nick Drake – ndlr) permettait. Un instant merveilleux. Nous avons tout fait en deux prises maximum. Tout était fait sur-le-champ, c’était si rapide… Je me souviens également de la façon qu’avait Joe de nous enregistrer : nous n’étions pas séparés, nous ne jouions pas de petites boîtes individuelles, comme cela se fait généralement. Nous enregistrions dans un espace ouvert. Chaque micro prenait un peu ce que jouait l’ensemble des gens dans la pièce. C’est ce qui a donné au son cette magnifique rondeur. Sur « Come Wind Come Rain », nous étions trois autour d’un micro ! C’était fantastique. Sans ça, nous n’aurions certainement pas joué ensemble de la même façon, et l’album en aurait été sensiblement différent. J’imagine que plus aucun disque n’est enregistré de la sorte aujourd’hui…

Vous avez récemment enregistré un maxi avec Animal Collective. Comment est née l’idée de cette collaboration ?
On en revient précisément à mon histoire de « chaînes » de musiciens (sourire)… C’est Glenn Johson, de Piano Magic, qui m’a, le premier, invité à venir chanter sur l’un de ses albums (« Writers Without Homes », 2002 – ndlr). Simon Raymonde, de Cocteau Twins, jouait du piano sur certains morceaux de cet album. Il a aimé ce qu’il a entendu, et nous avons enregistré quelques petites choses ensemble – qui n’ont jamais été publiées, parce que ça ne fonctionnait pas très bien. Simon m’a présenté à Kieran Hebden, de Four Tet, car je devais participer à un festival où j’étais l’invitée de Stephen Malkmus, alors que je n’étais pas montée sur scène depuis 30 ans. Simon eut un empêchement de dernière minute, et c’est pourquoi il a demandé à Kieran de le remplacer et de m’accompagner à cette occasion. Et par Kieran, j’ai rencontré Animal Collective, car il faisait leur première partie lors d’une tournée anglaise. Quand je les ai rencontré, ils m’ont avoué être de grands fans de « Just Another Diamond Day », ce qui m’a beaucoup étonné sur le coup, car cet album n’a jamais été distribué aux Etats-Unis. Un soir, nous avons dîné tous ensemble et Kieran m’a glissé : «Tu sais qu’ils ont TOUS ton album ?? » et la seule chose que j’ai trouvé à répondre fut « ah bon, mais… Pourquoi !? » (rires). Toutes ces petites chaînes, toutes ces rencontres ont vraiment été extraordinaires. Ça n’a tenu à rien. Un jour, Kieran se balade dans un magasin de disques, et il voit une pochette de vinyle qu’il trouve jolie. Il demande à écouter le disque : c’était Animal Collective. Il aime tellement ce qu’il entend qu’il contacte immédiatement le label – FatCat – et supplie l’équipe de le laisser ouvrir pour Animal Collective. Et c’est ainsi qu’une jolie pochette entrevue dans le coin d’un disquaire a scellé le reste de ma vie !! Sans elle, je n’aurai jamais rencontré Animal Collective, je n’aurais jamais rencontré les fabuleux gens de chez FatCat, ni même Max Richter… Je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai pu faire par le suite.
Quelle a été votre réaction quand vous avez entendu pour la première fois la musique d’Animal Collective ?
Je me suis immédiatement demandé pourquoi ces gens-là voulaient travailler avec quelqu’un comme… moi (rires) ! Mais la chanson qu’ils m’ont envoyée, et sur laquelle ils voulaient que je chante, était très douce. Sur le coup, j’ai un peu craint que le résultat ne sonne trop comme The Incredible String Band, et je voulais vraiment éviter ça. J’imaginais quelque chose de complètement différent. Je m’inquiétais un peu de la façon dont nos deux mondes allaient cohabiter. Je ne voyais pas trop où ils voulaient en venir. Et puis, ils étaient si timides – encore plus que moi… Je pensais sincèrement que ça n’allait pas prendre. Nous avions trois jours pour enregistrer trois chansons. Et dès le premier jour, j’ai été totalement rassurée : ils savaient exactement où ils voulaient aller, et comment ils voulaient que ça sonne. Je pensais ne faire que quelques chœurs, mais peu à peu ils m’ont poussé à aller plus loin, à donner toujours plus. Ils s’y sont pris comme personne pour m’encourager à faire des choses dont je ne me serais jamais sentie capable avec ma voix. Observer la façon qu’ils ont de travailler et de bâtir leurs chansons était aussi amusant que fascinant. Il y a cette anecdote dont je me souviendrais toujours : David (Portner, aka Avey Tare – ndlr) avait en tête un son très particulier pour mes prises de voix. Alors il a fait courir le câble micro à travers tout le studio, jusqu’aux… toilettes hommes, parce que, disait-il, il en adorait l’écho (rires) ! Oh, mon dieu, je les aime tellement…
Cette timidité, à laquelle vous faites allusion, vous a-t-elle joué des tours durant votre carrière ?
Oui, c’en est même désespérant… Surtout lorsque, comme chez moi, elle est combinée à une très forte ambition et une confiance inextinguible en mes chansons. Je n’ai jamais su imposer mes idées, les défendre haut et fort. Si j’avais été en studio avec Andrew Loog Oldham, par exemple, et que j’avais eu des doutes sur la pertinence de tel ou tel instrument, j’aurais levé le doigt – comme une écolière timide – pour le lui faire savoir (sourire) : « - Excusez-moi monsieur, mais peut-être qu’on devrait baisser un peu cette guitare ? – (mimant une grosse voix d’homme) Oh, alors comme ça, elle croit qu’on devrait baisser la guitare ! Hum, qu’est-ce que vous en pensez, les gars ? » Alors j’aurais abdiqué, à coup sûr, en me promettant de ne plus jamais ouvrir la bouche… Être timide fut un terrible handicap. Mais travailler avec Animal Collective m’a beaucoup aidé. Énormément aidé. Grâce à eux, j’arrive à mieux exprimer ce que je veux… Ils ont été merveilleux.
Plus jeune, étiez-vous la jeune fille solitaire et un peu sauvage que vos chansons sur « Just Another Diamond Day » suggèrent ?
C’est… (silence). Il m’est assez difficile d’en parler (émue)… J’étais très isolée. Il n’y avait personne autour de moi. Et qui plus est, personne, dans mon entourage, ne faisait le même genre de choses que moi. C’est aussi pourquoi j’ai eu du mal à accepter le fait d’être associée à la scène folk britannique des années 70, avec Fairport Convention, The Incredible String Band, Pentangle… Tout simplement je ne connaissais aucun de tous ces groupes, et j’avais l’impression de ne pas sonner du tout comme eux ! Par ailleurs, à l’époque, ils se fichaient tous pas mal de ce que je faisais. Ils n’avaient aucun égard pour moi et mes chansons. Je me sentais invisible. C’était dur à vivre. Aujourd’hui, quand je travaille avec les jeunes musiciens dont j’ai parlé, je me dis que si je les avais rencontrés au temps de « Just Another Diamond Day », les choses auraient été bien différentes pour moi ! Mais les choses sont déjà différentes. Je ne suis plus repliée sur moi-même, maintenant. Cette époque est révolue (sourire). Il y a toujours cette tendance aujourd’hui, qui consiste à lier entre eux des musiciens qui n’ont peut-être pas grand chose à voir les uns avec les autres : c’est par exemple le cas avec ce que les journalistes appellent le mouvement « freak folk », en y incluant des artistes tels que Devendra Banhart, Joanna Newsom, etc. Je ne pense pas qu’ils puissent être les rangés dans des cases. Leur seul point commun est leur caractère unique, le courage dont ils font preuve pour faire quelque chose de différent et risquer le ridicule, le malentendu. C’est pourquoi je me sens quelques affinités avec eux – pas tant musicales que, disons morales. Ils ont été tellement plus courageux que moi (sourire)…
Quelle importance avait le folklore local – avec ses ritournelles et ses petites comptines sans âge – dans votre musique, à vos débuts ?
Pendant l’écriture des chansons de « Diamond Day », je traversais une période très difficile dans ma vie. J’avais quitté ma famille, quitté tout ce qui me semblait même familier. Il ne me restait qu’un petit ami, un chien, un tout petit chariot et un cheval. Il pleuvait beaucoup et il faisait très froid. Je trouvais un peu de douceur là où je pouvais : dans mon for intérieur, quand je me remémorais les chansons qui me réconfortaient quand j’étais enfant. C’est certainement la raison pour laquelle les gens entendent des berceuses ou des comptines quand ils écoutent « Diamond Day » : c’est précisément ce que je me chantais à moi-même pour me redonner un peu de baume au cœur. Il ne m’était même pas venu à l’idée de les enregistrer : je ne les écrivais que pour Robert (Kirby, son compagnon d’alors et arrangeur – ndlr) et moi, et aussi pour les chanter aux gens qui nous offraient à dîner (sourire)…
Les animaux occupent une place de choix dans vos textes…
(Elle coupe) Ça, c’est à cause de Robert ! Après avoir écouté mes toutes premières chansons, celles qui se retrouvent aujourd’hui sur la compilation, il m’a dit : « Mais par pitié pourquoi n’arrêterais-tu pas un peu d’écrire ces histoires d’amour tristes à mourir ? Pourquoi n’écris-tu pas sur toutes les merveilles qui t’entourent ? ». Et c’est ce que j’ai fait, j’ai obéi : j’ai écrit sur les animaux (rires) !
Vous retrouvez-vous dans cette phrase de Nietzsche : « Il nous faut retrouver le sérieux que nous avions, enfants, lorsque nous jouions » ?
Complètement, même si ça n’est pas conscient. Reprendre les choses là où je les avais arrêtées, poursuivre ce périple que j’avais entamé autrefois, tout cela n’avait, je suppose, qu’un seul et même but : retrouver cette… (elle réfléchit), cette sagesse éternelle enfantine (sourire). Quand on est adolescent, ou même quand on est jeune adulte, la réalité peut faire tellement souffrir qu’il est bon, parfois, de replonger en arrière, et d’essayer de retrouver cette enfance, partagée entre innocence et sagesse. Bien sûr, cela m’a joué des tours à la sortie de « Diamond Day », car les gens ont cru qu’ils s’agissait de comptines pour enfants (sourire)… Aujourd’hui, la nouvelle génération comprend bien mieux mes chansons qu’à l’époque. Elle en perçoit la part adulte autant que la part d’enfance. C’est une source de satisfaction merveilleuse, pour moi. Peut-être que les gens sont un peu plus intelligents qu’avant…
Que ressentez-vous lorsque vous voyez votre nom dans la liste d’influences de jeunes artistes sur MySpace, par exemple… ?
C’est si touchant, si gratifiant, que j’en oublie presque les années qui me séparent d’eux. Ce que j’aime par-dessus tout dans cette situation, c’est que les personnes qui m’écrivent, que je rencontre et qui parlent de leur intérêt pour ma musique ont généralement l’âge que j’avais lorsque j’ai enregistré « Diamond Day ». Ils comprennent cet album comme aucun de mes contemporains ne l’avait compris, à l’époque. Et la satisfaction que cela procure est extraordinaire (sourire)… Non, je ne me serais jamais imaginé me retrouver dans les liste d’influences d’autres musiciens… tout simplement je ne m’étais jusqu’alors jamais considérée comme une musicienne !!
Avez-vous parfois fait en sorte d’oublier cette « première vie » de musicienne, cette musicienne qui, autrefois, avait sorti un disque ?
Oh que oui. J’ai même fait en sorte que mes enfants n’en sachent jamais rien. Ils savaient seulement qu’il y avait un disque, réalisé il y a bien longtemps. Mais pour rien au monde je ne le leur aurait fait écouter. Et puis, un jour, ma fille m’a avoué avoir secrètement chipé le disque dans un placard, puis l’avoir emporté de la voiture pour l’écouter ! Elle savait que si elle l’avait joué à la maison, je l’aurais immédiatement arrêté (rires) ! Je ne voulais clairement pas que mes enfants soient au courant de cette « première vie ». Et quand je m’y suis remise, ils ont lu quelques articles dans les magazines et sont venus me trouver en me trouver l’article : « tu nous avais caché ça, maman !! » (rires). Ils m’ont dit qu’ils aimaient mes chansons. Cela m’a fait tellement plaisir… Même le plus jeune a apprécié. Au début c’est tout de même un peu embarrassant : il avait quatorze ans quand « Diamond Day » a été réédité, et, soudain, tout le monde était au courant que j’avais été une hippie dans une autre vie (rires). Ils se sont beaucoup moqués de moi, sur le coup…
D’où vient cet étrange prénom, Vashti ?
De l’Ancien Testament. Vashti était une reine qui désobéit à son mari, et qui s’est retrouvée bannie. Ma grand-mère trouva cette histoire dans la Bible et elle se mit à surnommer ainsi ma mère, car elle était, elle aussi, assez farouche. À son tour, ma mère m’a nommé Vashti, mais pour de bon cette fois (sourire). C’est assez étrange, tout de même : mon frère s’appelle John et ma sœur s’appelle Susan… Mais ce prénom s’est trouvé, après coup, plutôt justifié : j’étais une petite fille rebelle et désobéissante. À tel point qu’on se demande si je ne suis pas devenue rebelle à cause de ce prénom (rires) !