
26 juillet 2006 à Porto Alegre, au Brésil. Vinicius Gageiro Marques a choisi de mettre fin à ses jours. Vinicius a eu 17 ans il y a un peu plus d’un mois. Il s’enferme à double tour dans la salle de bain de l’appartement que possèdent ses parents et… décide de respirer à dose mortelle du monoxyde de carbone. Jusqu’à la suffocation finale…
Pendant les minutes qui le séparent de la mort, le jeune homme n’a pas quitté son ordinateur et sa connection internet. Pire, sur un forum consacré au suicide certains membres en ligne vont pouvoir suivre la mort de Vinicius, en direct et communiquer avec lui une toute dernière fois. Quelques uns verront dans ce « chat » ultime la marque du progrès. La camarde on line 2.0 en version participative, quel concept fabuleux. Mouais…
YONLU « Suicide Song »
Le suicide de Yonlu n’était pas prévisible. Un adolescent beau gosse, brillant, riche et aimé par sa famille a-t-il des raisons de se supprimer ? Quelques heures après son décès, les parents de Vinicius alias Yonlu retrouvent une lettre. En quelques mots l’adolescent les absout quant à sa mort. Dans la foulée les parents mettent également la main sur les dizaines de chansons que leur fils avait enregistré et mis en ligne sur plusieurs blogs sans jamais leur en parler. Le résultat est choquant de beauté. Encore plus quand la famille de Yonlu réalise que son fils, considéré comme asocial, comptait une vraie communauté de fans un peu partout sur la toile.
« Le problème de Vinicius c’était son hyper sensibilité. Cela le mettait en état de faiblesse vis à vis du monde extérieur ! » Voilà l’épitaphe que laisse Ana Maria, la mère de Vinicius. Et la même d’ajouter: « Il était sérieux, sûrement trop sérieux ! » Trop sérieux. Légèrement dark. Oh les chouettes euphémismes, que voilà. Yonlu devait avoir plus d’un point commun avec tous les grands sentimentaux contrariés du rock et d’ailleurs que sont Nick Drake, Elliot Smith, Kurt Cobain…
Qui sait, il a peut-être connu les même tourments intérieurs qu’un Ian Curtis, chanteur de Joy Division pendu le 18 mai 1980, ou qu’un Vincent Van Gogh dans sa misérable chambre d’Auvers Sur Oise un 29 juillet 1890.
YONLU « Estrela »
Quand on parcourt les articles consacrés à la courte existence de Vinicius Gageiro Marques, il est aussi difficile de tomber sur une anecdote marrante que de repérer une minuscule trace de légèreté dans un one man show du beauf aux hormones Jean-Marie Bigard.
Vinicius naît dans la ville de Porto Alegre en 1989. Il est le fils unique d’un couple issu de la grande bourgeoisie intellectuelle brésilienne. Sa mère exerce la double profession de psychanalyste et professeur à l’université. Son père, Luiz Marques, quant à lui, est docteur en sciences politiques et attaché culturel de l’état de Rio Grande Do Sul. Entre 1992 et 1996 le couple s’installe à Paris. C’est là que Vinicius développe ses prédispositions pour la pratique des langues étrangères. Il se met à parler et écrire le Français. Il apprend l’Anglais et l’écrit presque sans faute… juste en restant planté devant les programmes de télé américains.
A 12 ou 13 ans le gamin, doté d’un cerveau qu’on imagine énorme, se passionne pour la littérature éprouvante de Franz Kafka. Hum, hum… C’est à la même période qu’il va rendre l’habitude se photographier chaque jour. La pratique de la musique couplée une passion quasi encyclopédique pour des artistes aussi divers que Badly Drawn Boy, Tortoise ou Radiohead va prendre le pas sur tout. Ce qui pourrait être une force (le parcours de l’enfant surdoué pour les arts, tout ça, tout ça…) va devenir une sacré faiblesse pour le développement personnel de Vinicius Gageiro Marques. Le gamin compte un maximum d’amis virtuels. Régulièrement il tient à jour son blog qu’il alimente en photos, dessins naïfs et complaintes folk lo-fi enregistrées à la maison. A-t-il pour autant quelques vrais copains de chair et d’os ? Pas évident. Yonlu a des comportements d’ermite. Quand il ne discute pas des mérites comparés des Beatles et de Gilberto Gil avec ses « fans » sur la toile, il balance des chansons fragiles aux intitulés évocateurs: « Humiliation », « Suicide », « Katie Don’t Be Depressed », « Estrela ».
YONLU « Mecânia Celeste Aplicada »
L’album de Yonlu est sorti courant avril. Avec une certaine résonance médiatique si l’on s’en tient aux articles enflammés du quotidien britannique The Guardian ou lus dans l’édition brésilienne du magazine Rolling Stone qui comparent cette collection de chansons à titre posthume à « du Elliot Smith qui aurait découvert le tropicalisme de Gilberto Girl ». Toujours dans les bons coups quand il s’agit de repérer une pépite hors du temps et hors des modes, c’est la structure Luaka Bop (label crée par l’ancien Talking Heads, David Byrne) qui a pris le risque d’exhumer cet enregistrement merveilleux. La dernière fois que le label avait fait le coup du prodige inconnu du plus grand nombre c’était avec l’album « Inspiration Information » de Shuggie Otis, soulman psychélédique adoré par Quentin Tarantino.
Le disque de Yonlu n’est ni pathétique, ni irrespectueux de son auteur. Au contraire. Ces 14 titres ici présentés dans leur version la plus « crue » proposent ce que la pop offre de plus en plus rarement: de la sensualité à fleur de peau, des mélodies qui tremblent comme la flamme d’une minuscule bougie, un souffle rare, une voix cotoneuse. Les chansons que l’on peut entendre sur « A Society In Which No Tears Is Shed Is Inconceivably Mediocre » (traduction approximative, « Une société où le ne peut pas se débarrasser de ses larmes est médiocre », bonne ambiance !!!) dégagent surtout une réelle puissance émotionnelle.
Ils sont autant de bouteilles à la mer dans un océan de sanglots réprimés. Ils disent des mots terribles. Des mots que les adultes ont sans doute eu tort de ne prendre que pour de la prose d’adolescent. Ils disent l’envie d’en finir, l’abandon, la solitude choses, mais avec une innocence mélodique tellement charmante qu’elle ne manque pas d’étonner. « Regarde, je suis triste car je suis seul dans ce monde et l’écriture ne m’aide pas tant que ça ! » (« Suicide Song »). « Pourquoi tout doit se terminer de façon humiliante pour moi ? Je vais vous dire pourquoi. Je veux mourir ! » (« Humiliation »)
Au moment où vous allez écouter le premier (et dernier) album de Yonlu, il est fort possible que l’information selon laquelle ce jeune homme est mort depuis maintenant trois ans ne conditionne même pas votre jugement sur cette musique. Pourquoi ? Car il s’agit d’un chef d’oeuvre. Et les chefs-d’oeuvre n’en ont rien à foutre de la mort.

Très bel article , Jean Vic.Et particulièrement touchant.
En entrant dans la petite discothèque muncipale cet après-midi, j’ai tout de suite été capté par le CD qui passait. Au bout de deux morceaux, je montrai la pochette posée sur le comptoir et m’adressai au disquaire : « C’est quoi YONLU ? ». « Je ne sais pas comment cela se prononce, c’est un disque d’un jeune brésilien qui s’est suicidé à 17 ans, ses amis ont publié le disque pour lui rendre hommage, c’est un peu lo-fi ». Je suis retourné choisir mes disques de la semaine, mais je ne pouvais me détacher de l’écoute de ces morceaux, pour certains beaucoup plus gais que ceux qui sont sur le site mais tous incroyablement sensibles. Merci au disquaire de Versailles de m’avoir fait découvrir ce disque et merci à vous d’avoir publié ces infos.
Sensibilité est le mot qui définit Yonlu, nom de scène de Vinicius Gageiro Marques, né à Porto Alegre, Brésil. Encore si jeune ( 16 ans ), il nous a laissé un héritage digne d’un génie musical, pour sa exceptionnelle créativité. Sa musique remarquable vivra toujours dans nos cœurs. RIP ( Repose en paix ), Vinicius.
Sensibilité est le mot qui définit Yonlu, nom de scène de Vinicius Gageiro Marques, né à Porto Alegre, Brésil. Encore si jeune (16 ans), il nous a laissé un héritage digne d’un génie musical, pour sa exceptionnelle créativité. Sa musique remarquable vivra pour toujours dans nos cœurs. RIP ( Repose en paix ), Vinicius.
J’ai decouvert ce disque aussi à la discotheque de Versailles…decidemment…
Moi quand je connais pas, je me fie à la pochette, et là j’ai tout de suite accroché.
A la 1ere ecoute j’ai trouvé ca un peu confus, mais ensuite j’ai trouvé les chansons et la musique d’une geande sensibilité.
Ma préférée : humiliation
Merc pour cette bio.