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La troupe de Brighton est-elle aussi euphorisante en interview que sur disque ? VoxPop a enquêté.
Quand as-tu rejoint le groupe, Ninja ?

Ninja : Je ne sais plus exactement, je sais juste que je suis la dernière à l’avoir intégré. Je connaissais tout le monde depuis des années, mais ça n’est que récemment que j’ai rejoint The Go ! Team de manière officielle. Je me sentais comme la petite nouvelle qui arrive dans la classe en cours d’année…

Ian Parton : Au début, on n’envisageait même pas le fait de devenir un “groupe”. On était juste une bande de potes qui se rassemblait parfois dans une pièce… Ca n’est que quelque semaines plus tard, quand on a donné nos premiers concerts qu’on a commencé à penser en ces termes. Parce qu’avant, pas du tout… “Thunder, Lightning, Strike” a été réalisé chez moi à une époque où j’avais encore un boulot à côté ; il occupait tout mon temps libre. Il n’y avait pas de pression, j’étais seul face à mes pensées et mon ordinateur, sans personne pour venir me perturber. Le groupe est arrivé après, une fois l’album terminé. Pour “Proof Of Youth”, j’ai à nouveau composé tous les morceaux, mais cette fois en intégrant le fait qu’ils allaient être interprétés par un groupe. Le processus d’enregistrement a donc été plus long.

,Est-ce la vie dont vous rêviez, plus jeunes ?
N : Oui, dans le sens où j’ai toujours voulu faire quelque chose en rapport direct avec la musique. Mais il faut savoir que ça n’a absolument rien de glamour ! Je n’ai jamais pensé que ça puisse l’être, de toutes façons. Seulement, on maintient les gens dans cette illusion. Il n’y a qu’à regarder les programmes de télé-réalité comme Pop Idol ou ce genre de choses : on fait croire aux candidats qu’enregistrer un album est une chose très simple, que tourner pendant des mois fera d’eux des superstars… Quand je me retrouve dans des toilettes publiques en train de me brosser les dents ou de me démaquiller, et qu’on se retrouve avec le musicien d’un autre groupe, je peux t’assurer qu’on ne s’exclame pas “Waah, quelle vie glamour nous vivons !!”. Les gens ne voient pas forcément ce côté-là des choses, et ça représente pourtant une partie importante de notre vie.

,The Go ! Team pratique-t-elle vraiment le travail d’équipe dans le processus d’élaboration des chansons ?
IP (hésitant) : Heu…

N (moqueuse) : Bah allez, réponds (rires) !!!

IP : Pas vraiment, c’est vrai. Personne n’arrive en répète en disant “Eh les gars, écoutez ce que j’ai trouvé ! “. Je ne pense pas vraiment que les jams puissent être très efficaces dans la conception de morceaux. Je ne nous crois pas capables de composer comme ça…

N : …mais si, mais si!! On passe parfois deux heures à improviser sur un thème, quand on répète…

IP : …oui mais rien de concluant n’en est jamais vraiment ressorti…

N : Oui bon c’est vrai (rires). N’empêche, moi j’aime bien ces moments en studio où je peux sauter partout comme une folle, et me défouler sur les toms de la batterie…

IP : C’est un travail clairement individuel, dans mon cas. Ca a d’ailleurs plus à voir avec de la recherche, des études, qu’avec quelque jam ou impro. Je passe des heures chez moi sur un quatre-pistes à assembler des bouts de mélodies, des rythmes, des bruits électro, des samples de voix que j’ai récupéré dans des documentaires…

N (éclatant de rire et regardant Ian) : C’est sûr qu’en studio, nous nous amusons beaucoup plus que Ian ! Il est très stressé, en général, ce qui est normal, car il doit tout gérer de A à Z. Ces chansons sont ses bébés… Quand une chronique paraît, je la lis avec un sourire en coin, et pas mal de recul. Ian, lui, est beaucoup plus à cran. C’est compréhensible.

,Que pensez-vous de l’évolution de la scène indé depuis deux ans, avec le revival dance, la mode du  »fun », etc. ?
IP : Je pense que la principale nouveauté de cette scène, ces dernières années, c’est l’arrivée de la couleur. Il y a trois, quatre ans, pour être cool, il fallait se faire photographier en noir et blanc, porter du cuir… Et cela se ressentait jusque dans la musique et les sentiments que ces groupes inspiraient. Aujourd’hui, on a affaire à de la pop en Technicolor, et je m’en réjouis.

,L’an dernier, les Pipettes affirmaient vouloir retrouver la naïveté que la pop a perdu au milieu des années 60. Partagez-vous ce désir ?

IP : Oui, complétement. Je suis fasciné, entre autres, par les travaux de Phil Spector, qui, sous couvert de faire une musique totalement pop, adolescente et sentimentale, expérimentaient des choses complétement folles . Kevin Shields, également, qui a réalisé un remix pour l’une de nos chansons, partage cette vision de la pop ; à la fois naïve et très complexe au niveau de la production. Son travail est vraiment fascinant. Avec My Bloody Valentine, il avait cette façon de mêler tous les sons en un seul magma… D’un autre côté, je n’aime pas trop les groupes qui étalent l’argent dont ils ont bénéficié pour enregistrer leur album en se payant une section de cordes, ou ce genre de choses. J’aime quand la production se fait inventive, quand elle bouscule les conventions.

,Avez-vous déjà ressenti une certaine hostilité vis-à-vis de la composition pour le moins  »bigarrée » de votre groupe ?

N : Jusqu’à présent, on peut dire qu’on a été bien accueillis, par à peu près tout le monde… Seul le NME, quand on y repense, nous a un peu regardé de travers, au début. Ca n’est pas étonnant, il est tellement macho dans ses choix, tellement préoccupé par l’attitude, le look, les fringues…

IP : Ils vivent dans un monde imaginaire, ils lancent une mode une semaine, ils la descendent la semaine suivante… Ils attendent des musiciens qu’ils aient l’attitude parfaite… Ce genre de choses ne m’intéresse pas.

N : …et de toutes façons, la plupart des groupes avec lesquelles on s’entend bien se contrefichent aussi de ce genre de considérations.

,La presse vous a très fréquemment été comparé à The Avalanches. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
N : Je ne connais pas leur musique…

IP : Pour ma part, je n’ai jamais vraiment compris ces comparaisons. Peut-être est-ce parce que nous utilisons des samples de cordes un peu soul dans nos chansons, mais pour le reste… Je trouve que nous avons un feeling beaucoup plus live. Eux sont plus dans un esprit électro, avec des DJ, et tout ça… À la fin, ce parallèle permanent me tapait un peu sur les nerfs, ce qui est un peu bête car j’aime beaucoup ce groupe, et j’attends avec impatience leur nouvel album. Mais je pense que ces comparaisons n’auront pas lieu avec “Proof Of Youth”.

,Votre album a commencé très tôt à leaker sur Internet. Quel est votre sentiment là-dessus ?
IP : Il ne faut pas être ingrat. Si nous avons pu nous constituer une base de fans aux États-Unis, par exemple, c’est parce que beaucoup de gens ont téléchargé illégalement “Thunder, Lightning, Strike” un an avant que l’album ne soit distribué là-bas. Ca nous a vraiment beaucoup aidé, parce que les blogs ont commencé à parler de nous, puis Pitchfork… On ne peut pas tout avoir : je me trouverais sacrément gonflé aujourd’hui d’en vouloir aux gens qui refont la même chose… J’imagine pourtant que c’est néfaste pour l’industrie du disque, mais d’un autre côté, il faut comprendre les gens qui veulent échapper à tous ces artistes mainstream qu’on leur propose en permanence… De toutes façons, je ne vois pas comment on pourrait arrêter ce phénomène Ca m’a l’air absolument impossible.

,Allez-vous régulièrement sur MySpace ?
IP : Oui, ça m’arrive assez souvent, notamment pour choisir nos premières parties. Ca facilite vraiment les choses : tu peux écouter immédiatement les chansons, tu peux les contacter en un rien de temps, c’est assez épatant. Les choses les plus excitantes de ces derniers mois, comme CSS ou Bonde Do Role, je les ai trouvées sur MySpace.

,The Go ! Team

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