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( special GéNéRiQ Festival )

Thecocknbullkid, c’est Anita Blay, nouvelle sensation de la pop qui renouvelle la définition du spleen mélodique avec l’aide de Joe de Metronomy
Comment avez-vous débuté dans la musique ?
J’ai fait des sortes de concours pour jeunes talents, j’ai chanté à l’école… Et puis j’aimais bien être dans les studios à Londres, travailler avec d’autres musiciens. J’avais une sorte de manager, j’ai fait des showcases pour des labels, des trucs comme ça… J’avais 19 ans et je me suis rendu compte que je ne faisais pas vraiment ce que je voulais dans cette entreprise. C’était une sorte de gros label, une société de production au Nord de Londres. J’étais assez productive, j’écrivais tellement de chansons, je n’étais pas satisfaite. J’étais jeune, alors peut-être que mon manager pensait que c’était bien, mais je crois que ce n’était pas en accord avec ce que je pensais. Donc, j’ai mis ma musique sur MySpace. J’ai eu des messages de programmateurs, ça m’a permis d’avoir des concerts, je suis entrée en contact avec Joseph Mount (de Metronomy -ndla). En fait, c’est simple, c’est comme ça que j’ai trouvé tous les gens avec qui je travaille aujourd’hui.

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Vous avez une équipe solide autour de vous, mais pas de label ?

Non, je ne suis pas signée. Il y a des gens très intéressés. Je voulais finir cet album avant de signer. C’est dangereux de signer quand on a une seule bonne chanson, ils peuvent essayer de te fabriquer comme ils pensent que tu dois être. Je me suis dit que si j’arrivais avec l’album prêt, ils se diraient que je pourrais tout aussi bien aller voir ailleurs. C’est un moyen de garder le contrôle. Je suis en discussions avec plusieurs personnes, mais je ne veux pas précipiter une décision.

,Le contrôle, c’est important ?
Je crois que pour tous les artistes honnêtes c’est très important. Les gens n’aiment pas en parler, mais il y a une image que tu veux projeter sur ceux qui achètent ta musique. Quand Anita Blay monte sur scène, elle se met dans la peau de cocknbullkid. C’est ce que les gens veulent. Quand je vais voir un concert, je n’ai pas envie de voir quelqu’un en jean et t-shirt, qui se montrent identiques à ce qu’ils sont chez eux. En tout cas c’est mon avis. Il y a des gens qui aiment voir ce réel. Moi je trouve que c’est bien si les artistes sont envie de créer d’autres choses. C’est de la pop music. Peu importe ce que les gens aiment ou détestent à partir du moment où ça véhicule une image forte, ce qui implique le contrôle. Il n’y a rien de pire que d’être dans la moyenne.

Cette expérience passée dans l’industrie musicale vous a aidé pour votre nouveau départ ?

Oui, j’ai beaucoup plus conscience de l’importance à prendre les bonnes décisions et ne pas se laisser faire. Je suis impliquée dans la construction de mon futur. Le public ne pardonne pas les erreurs dans l’image qu’on donne. C’est difficile de corriger le tir « attendez en fait je ne suis pas ça, mais plutôt ça ». Je suis moins naïve. A 16, je voulais faire quelque chose et je n’avais pas fait les erreurs auparavant pour savoir ce que je faisais mal. En même temps, ce n’était pas un truc énorme. Je crois que c’est normal de se tromper quand on est jeune et qu’on ne sait pas vraiment qui on est. Je ne suis toujours pas sûre à 100% de ce que je fais, j’ai 23 ans et je vais encore faire des erreurs. Je travaille dur pour m’entourer des gens qui je pense seront les meilleurs pour m’aider à faire ce que j’ai toujours voulu faire.

,Comment avez-vous choisi de faire de la musique ?
Dans les premiers souvenirs de groupes qui m’ont vraiment fait aimer la musique, il y a Eternal. (rires). Ces filles avec leur soul-poppy-r’n’b… C’est mon premier souvenir d’un groupe que j’ai vraiment aimé. Oh, non en fait, c’est plutôt Michael Jackson. Un coup de foudre musical. Il m’inspire encore aujourd’hui. Quand j’ai grandi, j’ai été un peu plus curieuse. Björk, Kate Bush, Peaches. Mais quand j’ai vraiment commencé à faire de la musique, je suis tombé amoureuse des Smiths, de Morrissey, et de sa manière d’écrire. C’était comme si je me réveillais, en ayant trouvé vers quoi je voulais m’orienter au niveau du style. Parce que c’est vraiment sombre, et la pop music que je veux faire l’est aussi. Je ne crois pas à la pop bubblegum.

Thecocknbullkid : “I’m Not Sorry“ Live At Later With Jools Holland (2008)

Il y a une forme d’identification avec les paroles de Morrissey ?

Oui, complètement. Quand j’avais 18 ans, je crois que j’étais assez dépressive. Il parlait de cette impression d’être une merde. Ca ne m’intéresse pas d’être parfaite. J’aime les gens qui se sentent un peu moins que parfaits, c’est ok de ne pas être tout à fait dans ce qui est bien. Bref, il a plus ou moins sauvé ma vie, ça m’a aidé à être capable de juste vivre et faire mon chemin. Ses paroles, il parle des outsiders, des ceux qui ne se sentent pas toujours bien. Je crois qu’il fait partie de ces gens qui rendent le monde un peu meilleur. C’est vraiment niais ce que je dis, non ?

,Non non. Vous voyiez les choses différemment quand vous étiez plus jeune ?
Oui, je pense. C’est une question d’âge. Quand j’étais adolescente, j’avais ce sentiment d’angoisse et de déprime par rapport à la vie, à l’avenir. Je ne sais pas trop si c’était juste dans ma tête ou par rapport à des choses réelles. J’ai toujours eu de bons amis et tout ça. Mais j’étais arrivée à un point où je ne m’aimais pas. Ce sont juste des choses dans ta tête, j’ai dépassé ça maintenant. Quand tu vieillis, tu apprends à t’accepter, à ne pas être comme ce que les gens voudraient que tu sois en fait. J’ai compris ça, mais en fait je crois qu’il y a beaucoup de dont ce n’est pas le cas, et j’aimerais qu’ils comprennent. J’adorerais avoir ce même effet que Morrissey a eu sur moi. Bon, alors du coup, je ne suis pas sûre de pouvoir écrire de la musique si je suis heureuse. Je ne saurais pas sur quoi écrire. La meilleure musique vient quand on se sent un peu blessé. Dans un sens je suis contente d’être malheureuse. Sinon je serai quoi ? Mika ? Regarde Amy Winehouse. Ses problèmes sont devenus publics, mais elle en fait de la musique. Britney Spears peut faire de la musique et être heureuse tout le temps. Enfin, ce n’est pas le meilleur exemple, désolée.

Qui sont les membres de votre groupe ?

C’est un backing band, nous n’écrivons pas les chansons ensemble. Ce sont des amis qui me les ont recommandés, il y a eu des auditions… Ils jouent ensemble depuis des années, ils sont amis. Avant je jouais avec des laptops, ça m’ennuyait.

Pour quelqu’un comme vous, c’est dur d’être sur scène et de s’exposer ?

Anita Blay pourrait être mon nom d’artiste et je serais l’exemple typique de la jeune singer-songwriter. Ca te rend plus exposé, tu dois être toi. Avoir thecocknbullkid, c’est un peu pour se cacher aussi. Je peux créer des personnages et ne pas être comme je suis à ce moment précis. C’est toujours un peu être exposé, mais en tout cas, je ne peux le faire que si je me dit que je suis thecocknbullkid. C’est comme d’avoir un ami imaginaire qui serait là à mes côtés. Depuis peu de temps, j’aime vraiment être sur scène et jouer vraiment le jeu. Avec le groupe, je me sens plus en confiance pour ça. C’est ce que les gens veulent voir. Quand je vais à un concert je veux voir des gens faire quelque chose ou être quelqu’un.

,Vous aimez être dans les médias ?
J’y pensais l’autre jour en regardant Quand Harry Rencontre Sally pendant un dimanche paresseux et il y a cette phrase : « Tu veux être journaliste et passer ta vie à écrire sur celle des autres ? ». Et c’est drôle parce que, en tant que musicienne, je vais passer ma vie à penser à ce que je suis, parler de moi… C’est un truc à plein temps. Je peux comprendre pourquoi certains arrêtent. Il doit y avoir un truc au fond de toi vraiment narcissique si tu veux être musicien, un truc qui ne tourne pas tout à fait rond. Je ne peux pas dire que je n’aime pas faire des photos et des interviews, ça fait partie de ce que je veux. Mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de me demander le sens de tout ça. En tout cas, c’est très dur, et je ne suis qu’au début. Tout le monde ne peut pas en être capable. Pour ce métier donc, ce n’est pas qu’une question de talent.

,Quel genre d’éducation avez vous reçu ?
Mes parents viennent du Ghana. Ils sont en Angleterre depuis environ 30 ans. Ils se sont séparés quand j’étais jeune donc je n’ai pas une bonne image de leur couple. J’étais à l’école catholique. Mes parents sont chrétiens, ma mère est très fervente, mon père un peu plus relax. Il est conducteur de bus. J’ai vu mes parents travailler plutôt dur et nous n’avions jamais beaucoup d’argent. Je pense avoir eu une vie scolaire plutôt normale, rien à signaler. Ma mère voulait que j’aille à l’université, que je devienne docteur ou avocate. Je répondais, « qu’est ce que tu penses de la musique ? » mais finalement tous les enfants disent ça à leurs parents. Elle est retournée au Ghana, donc elle ne voit pas trop ce qui se passe. Elle me croira quand je passerai à la télé ou à la radio. Mais j’y travaille !

C’est excitant d’être hype ?

On me compare à M.I.A. ou Santogold. Les gens me connaissent un peu, ils savent que j’écris des chansons, mais ils ne savent pas encore exactement qui je suis. Je ne me préoccupe pas trop de savoir si je suis hype ou pas. Je continue d’écrire.

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,Comment qualifiez vous votre association avec Joseph de Metronomy ? Morrissey-Marr ? Bowie-Eno ?
Il est un peu étrange, il aime la musique bizarre, mais il adore aussi la pop. Et moi aussi. Il a les même idées de comment la pop devrait sonner que moi. Je veux faire de la pop avec un son frais. C’est juste cool et facile de travailler avec lui, il est très bon en studio. Très rapide, en tout cas cela m’a surprise. Ca se passe toujours bien entre nous. Je pense qu’il est peut-être le meilleur producteur anglais depuis un bon moment. Je crois qu’il fera de grandes choses. Dans un monde juste, tout le monde parlerait de lui. Tu as écouté l’album de Metronomy ? Il est brillant !

Tu penses faire partie d’une nouvelle génération de singer-songwriter en Angleterre ?

C’est difficile à dire sans avoir quelques années de recul. Avec des gens comme les Klaxons ou Metronomy ou même M.I.A.. C’est une manière de faire de la pop plus variée et colorée qu’avant. Je pense que c’est une période intéressante. Avant la pop c’était S Club 7, la baby pop. Les Klaxons sont l’un des meilleurs groupes des 10 dernières années, et ils s’orientent vers un truc assez énorme. On a écouté tellement de trucs sur Internet et Londres est tellement une ville pleine de diversité… Pour ma part, je crois que c’est ce phénomène d’être très informée sur les choses qui se passent qui ouvre ton esprit. C’est cette ouverture d’esprit qui rend la musique plus colorée.

Vos amis de Metronomy donnent un concert mercredi dans une salle “Studio SFR“…
Que pensez-vous des artistes qui s’engagent avec des marques, des produits ?

Il faut croire que c’est le futur de la musique… Bien sûr, ça peut être une bonne chose. Quand tu fais de la musique, tu crées une image. Parfois elle s’accorde plutôt bien avec celle d’un designer ou d’un produit. Mais il y a un danger pour ceux qui travaillent avec des marques, tu peux te faire avoir. Il faut trouver le bon équilibre. Aujourd’hui, tu dois avoir un produit si tu veux créer n’importe quelle sorte de revenu, alors…je ne sais pas. Les temps changent !

,Comment tu imagines le futur de la musique ?
Je crois qu’il y aura toujours de la musique intéressante, mais l’industrie est en train de mourir. Quelqu’un –pas moi, quelqu’un de plus intelligent que moi- trouvera un nouveau moyen de faire de la musique excitante. Moi je veux bien faire de la musique gratuite, mais c’est pas ça qui me permettra de gagner ma vie… Je crois qu’on trouvera des moyens plus adéquats pour que les gens apprécient mieux la musique. Le live restera, c’est tellement bien d’aller voir son groupe préféré en concert ! Faire un bon show sera important.

Thecocknbullkid : “On My Own Again“ Live At Later With Jools Holland (2008)

,Thecocknbullkid a des objectifs à remplir ?
Je n’ai pas besoin de faire un début de carrière énorme avec plein d’argent. Mais je ne veux pas qu’il n’y ait que les gens de Londres qui me connaissent, je veux aller jouer au Brésil, partout. Je veux changer le monde, au moins un tout petit peu. Si quelqu’un me dit un jour que j’ai changé sa vie, ce serait chouette. C’est un peu tarte à la crème de dire « je veux changer ta vie », non ? Changer la perception que les gens pont du monde et d’eux mêmes. C’est important pour moi.

THECOCKNBULLKID EN CONCERT MERCREDI 26 NOVEMBRE AU SOCIAL CLUB / SOIREE ANTISOCIAL PRÉSENTÉE PAR VOXPOP ET TRAX

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