« Merriweather Post Pavilion » est sans doute l’album le plus attendu de ce début 2009. Avey Tare et Geologist nous le racontent chanson par chanson.
7) GUYS EYES
AT : L’album est effectivement construit en deux parties. Mais je ne parlerais pas de « partie pop » et « partie hypnotique ». J’évoquerais plutôt les choses en termes d’« humidité » et de « sécheresse ». Les chansons de la première partie, jusqu’à « Bluish », ont cette atmosphère humide, pluvieuse, moite, sur laquelle le soleil brille parfois, comme après une tempête tropicale. Par contre, des morceaux tels que « Guys Eyes » ou « Lion In A Coma » véhiculent davantage de sécheresse, quelque chose d’assez sableux. Les choses les plus bizarres de l’album ont lieu vers la fin…
G : C’est l’une de mes préférées de l’album : au début je voulais la placer en 2, derrière « In The Flowers » !
Personnellement, c’est la chanson que j’associe le plus à votre fameuse pochette en illusion d’optique. Comment avez-vous choisi cette image ?
AT : Nous sommes tombés dessus en lisant un article dans un magazine sur la perception, les illusions d’optique, etc. Elle nous a tous immédiatement fascinés, et nous avons bloqué dessus pendant de longues minutes (sourire). Et puis, elle a aussi cet aspect aqueux, avec cette sorte de vague qui la traverse et qui, je pense, correspond bien à l’ambiance de l’album. Une sorte de lagon bizarre. De toutes façons, pour ceux qui n’aiment pas cette pochette, ils pourront l’enlever car l’édition CD comportera une sorte de visuel de rechange en dessous. Par contre, ceux qui achètent les vinyles devront faire avec, car on ne pourra pas la retirer (rires) !
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TASTE
G : C’est une nouvelle version d’une chanson de David que nous avions dans nos tiroirs depuis belle lurette. Elle nous laissait tous un peu perplexes, quelque chose ne marchait pas. Nous avons tous beaucoup travaillé dessus de façon à la rendre moins anguleuse. Tant et si bien qu’elle est devenue ma chanson préférée de l’album, avec « Guys Eyes ». J’adore leur enchaînement. Pour moi, elles sont inséparables.
Vous êtes devenus, ces derniers mois, l’un des groupes (sinon LE groupe) les plus influents de la planète. Ce qui implique que vous êtes de plus en plus cités, mais aussi copiés et plagiés…
AT : En fait, ce sont souvent nos amis qui nous préviennent : « oh, vous devriez écouter ceci ou cela, c’est un tel pompage d’Animal Collective ! » Nous, nous essayons de prendre ça du bon côté. C’est assez cool d’être devenu une influence pour des jeunes groupes ; moi-même j’ai passé mon adolescence à écouter des groupes et à rêver d’être à leur place. Mais dans un sens, c’est une plus mauvaise chose pour eux que pour nous. Tu n’y gagnes jamais à ne pas être toi-même artistiquement parlant, ça n’est pas très épanouissant…
G : Je suis plus agacé quand les gens plagient nos potes en fait. Black Dice, par exemple, s’est fait pas mal piller ces derniers temps, et que dire du dernier album solo de Noah (« Person Pitch » de Panda Bear – ndlr)… Parfois, tu as un peu envie de dire aux types : « non mais vous croyez vraiment que personne ne se rend compte de ce que vous êtes en train de faire !? »
,9) LION IN A COMA
AT : L’un des derniers morceaux que nous ayons composé et enregistré, avec « Bluish » et « No More Runnin ». Tout comme « Bluish », nous ne l’avons joué qu’une poignée de fois sur scène. Il nous faut donc en concocter une version live satisfaisante, pour que cela ne reste pas qu’un travail de studio. Pendant l’enregistrement de « Strawberry Jam », l’album que nous avions le plus écouté était « Donuts » de J Dilla. Cette fois-ci, nous avons beaucoup écouté les deux premiers albums de Burial. Il crée quelque chose de totalement unique et inouï dans le cadre de la musique électronique. C’est à la fois complètement extraterrestre et dansant… Cet artiste a été une grande influence pour nous en studio, et je trouve que cela se ressent notamment sur un morceau comme « Lion In A Coma », même si, de prime abord, ça ne se remarque pas vraiment. Nous avons aussi beaucoup écouté les morceaux de l’album de Pantha du Prince – vraiment géniaux.
,10) NO MORE RUNNIN
AT : La version album est assez proche de la version démo. C’est le morceau que nous avons le moins modifié en studio. Nous avons essayé pas mal de choses, mais qui n’apportaient rien à la version primitive. Nous l’avons donc laissé quasiment tel quel, en assumant son côté lent et moelleux.
G : Il est assez rare qu’un album d’Animal Collective comporte aussi peu de morceaux de ce genre. C’est assez étrange d’ailleurs, car sur les albums de nos groupes favoris, les morceaux les plus lents et laid-back sont ceux qu’on préfère. Notamment quand ils ont ce léger côté sombre… Mais on ne fait plus ce genre de choses dans ce groupe et c’est bien dommage (rires) ! J’aimerais bien qu’on y revienne, moi ! Je rapprocherais « No More Runnin » de chansons comme « Cobwebs » ou « Street Flash » (présentes sur l’excellent EP « Water Curses » (2008) – ndlr) et qui sont parmi mes préférées de notre discographie.
,11) BROTHERSPORT
AT : Plus nous avançons, plus le style mélodique de Noah et le mien se distinguent l’un de l’autre. Comment décrire le style de Noah ? Hmm… « Il chante comme Brian Wilson (rires) ! »
G : D’un point de vue extérieur, je dirais que David essaie d’emmener l’auditeur vers des endroits plus dangereux que Noah. Il convoque des émotions plutôt conflictuelles, à partir de ruptures assez abruptes à l’intérieur d’une même chanson. Noah, lui, est imbattable pour ce qui est de circonscrire une humeur bien particulière. Les notes qu’il va chercher en tracent les contours avec une très grande précision. L’an dernier, nous avons dû faire quelques dates sans Dave, qui était malade. Noah étant le seul chanteur, nous avons joué certaines chansons de son album solo, « Person Pitch », ainsi que les chansons qu’il chante sur « Merriweather… ». À notre retour dans le bus, notre chauffeur nous a avoué que l’énergie un peu frénétique de David avait manqué au concert. Ce à quoi il a ajouté : David est le bacon du sandwich Animal Collective ! Et du coup, Noah, euh…
AT :…c’est la mayonnaise (rires) !
Voyez-vous quelque chose d’ironique dans le fait de faire danser des petits blancs sur une chanson aux consonances afro-caribéennes comme « Brothersport » ?
AT : Nous ne sommes pas des très grands amateurs du beat rock binaire de base. Nous essayons toujours de rythmer nos morceaux de manière un peu plus sophistiquée, quitte à emprunter ailleurs. Dans le cas de « Brothersport », la rythmique est absolument primordiale ; c’est le noyau de la chanson.
G : À vrai dire, l’idée nous turlupinait depuis « Feels ». Nous étions tombés à l’époque sur une vidéo hallucinante de carnaval brésilien, et nous nous étions dit qu’il fallait absolument que nous écrivions un morceau basé sur ce genre de rythme. Il nous a fallu… quatre ans pour finalement le faire (rires) !
,« Brothersport » live :
,ANIMAL COLLECTIVE (de droite à gauche : Panda Bear,Avey Tare, Deakin, Geologist). © Audrey Cerdan